La minute féministe

« Mamie cuisine, la cuisine de mère en fille  » *

Bien le bonjour à toi !

Aujourd’hui, j’aimerais te parler de moi en tant que femme et potentiellement mère et/ou épouse.

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Depuis ma naissance j’évolue dans une famille où les rôles sont strictement définis en fonction du genre et où les tâches ménagères sont destinées à la femme. Je n’avais jamais été réellement dérangée par cette distribution des rôles, mais aujourd’hui plus que jamais, je me questionne beaucoup sur sa pertinence.

Je me rends compte qu’on éduque les femmes en leur disant: tu dois faire ça pour être une vraie femme, tu dois faire ci pour être une bonne épouse, tu dois agir de cette façon pour retenir ton mari. On définit bien souvent nos rôles, nos compétences, en fonction de ce qu’on pourrait apporter à l’homme. Par exemple, on impose à la femme de savoir cuisiner, pas parce que ça changerait quelque chose pour elle (apparemment), mais parce qu’elle se devra de le faire pour son futur époux, pour le retenir. Et soit dit en passant, si tu dois faire des choses pour « retenir » quelqu’un dans une relation, ce n’est plus un couple, c’est une prison. Personne n’a à retenir qui que ce soit, on fait le choix de rester ou alors on part. Non ?

Je m’interroge beaucoup sur la logique de tous ces schémas de pensée. La femme doit se plier en 4 pour « retenir » son époux, mais qu’est-ce qu’on impose à l’homme pour « retenir » sa femme ? Pourquoi ces obligations ne marchent bien souvent que dans un seul sens ? Je vois déjà certains venir me taxer de féministe comme si je devrais m’en sentir vexée, mais je pense sincèrement que nombre de choses sont à requestionner.

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Pourquoi au sein des familles on met un point d’honneur à enseigner aux femmes à cuisiner et pas aux hommes ? Les hommes n’ont pas besoin de savoir cuisiner eux ? Les femmes de par leur chromosome XX auraient donc des compétences culinaires génétiques ? Qu’on s’entende, je ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose que des mères transmettent leur talent de cuisinière à leurs filles. Ce que je ne comprend pas, c’est qu’elles transmettent ce savoir, que certains trouvent si important, UNIQUEMENT à leurs filles. Ou même que ce soit UNIQUEMENT les mères qui transmettent ce savoir.

Je le vois de cette manière: je sais jouer du piano et un jour si j’ai des enfants, c’est une chose que j’aimerais leur transmettre. Pourquoi alors je déciderais d’apprendre à ma fille et seulement à elle à jouer au piano et pas à mon fils ? Ce serait défavoriser mon fils non ? Qu’est-ce qui fait que ma fille aurait plus besoin de cette compétence que mon fils ? Et bien pour la cuisine c’est pareil. Si c’est réellement si indispensable de savoir cuisiner, alors j’aimerais que tous mes enfants, filles et garçons, sachent le faire. Et si ils n’aiment pas ou n’y arrivent pas, tant pis, pour moi ça ne retire rien à leur féminité ou à leur masculinité.

Ça reste une compétence sans laquelle on peut très bien survivre, au même titre que savoir jouer du piano. Ce n’est pas génétique et ça s’apprend, si réellement on le désire. Sauf que le patriarcat (oui encore lui), nous enseigne qu’un couple, c’est une femme qui sait cuisiner (la bonne femme à marier, la VRAIE femme) et un homme qui s’installe à table et dévore les succulents mets de son épouse. Autrement dit, « comment retenir son homme saison 999 épisode 5680 ». A tel point qu’on a tendance à féminiser ou en tout cas à dévaloriser la masculinité des hommes qui cuisinent en général ou qui cuisinent pour leur femme.

Seulement, ça reste encore ma façon de voir les choses, mais un couple c’est avant tout une équipe où surtout aucun rôle n’est défini en fonction du genre. Autant je cuisine, fais le ménage, les courses, etc…autant j’attends de mon copain qu’il le fasse aussi, voire mieux, qu’on le fasse ensemble. Je ne me vois pas évoluer au sein d’un couple où même quand je n’ai pas envie, les dogmes du patriarcat m’obligent à exécuter certaines tâches. Je veux pouvoir dire « c’est toi ou moi qui cuisine ce soir ? » « C’est mon tour ? J’ai pas très envie? tu peux cuisiner toi ? » « Tu n’as pas envie de cuisiner ce soir ? moi non plus, on commande ? », sans que mon statut de femme ne soit remis en cause. Je ne veux pas être obligée de (savoir) cuisiner parce que je suis née avec un vagin, parce que je suis une femme, comme on me l’a appris.

Et je n’ai aucune honte à dire que ce système dans lequel j’ai été élevée manque cruellement de logique. Je ne me cacherai pas derrière des « ça a toujours été comme ça » « Chez moi c’est les femmes qui l’ont toujours fait » « ma mère, ma grand-mère, mon arrière grand-mère [insérer le reste de l’arbre généalogique féminin] ont toujours cuisiné tout le temps pour leur époux », pour fermer le débat. Et je ne m’arrêterai certainement pas à l’argument culturel: « En Afrique c’est comme ça, c’est les blancs qui vous ont gâté ». D’abord parce que le fait qu’une situation ait toujours existé et ait été reproduite par ma mère, ma grand-mère…etc, ne légitime pas pour autant sa pertinence. Et ensuite, parce que ce n’est pas l’occident qui m’a « gâté ». Pour le petit cours d’histoire, l’Afrique pré-coloniale avait plusieurs groupes ethniques qui s’inscrivaient dans un système matriarcal. Il s’agissait de sociétés où la femme pouvait aussi bien être reine ou guerrière que femme au foyer. L’examen de passage de la féminité ne se déroulait pas exclusivement dans la cuisine. Pour finir, j’aimerais qu’on se pose un instant et qu’on se demande en quoi le sujet du partage des tâches ménagères serait-il une perversion occidentale ? En quoi une femme africaine qui demande l’égalité dans le partage de tâches ménagères au sein de son couple serait victime d’un lavage de cerveau de la part « des blancs » ?

Pour ma part, je pense qu’il faut repenser le modèle de « LA bonne épouse » dans la société.

Une bonne épouse ce n’est pas forcément celle qui fait à manger du 1er au 31, qu’elle ait envie ou non. Une bonne épouse c’est une femme, qui évolue dans son foyer sans se sentir obligée de faire quoi que ce soit, du simple fait de son genre. Alors cuisinez ou non, faites-le tout le temps ou non, mais ne le faites surtout pas pour répondre aux critères patriarcaux qui définissent LA VRAIE femme. Il n’y a pas de vraie femme, il y a DES femmes. Toutes différentes, ayant des ambitions, des envies, des préférences, des compétences, des talents, des styles de vie différents. Et aucun de leurs choix et surtout par rapport à des futilités comme la cuisine et le ménage ne devraient définir si ce sont de « vraies femmes ».

Mais comme je ne cesse de le dire, ce n’est encore que mon avis 😉


* Nom d’une émission culinaire ivoirienne

Credit Photos -> image1: Blog Femme vertueuse / image2: GBICH!

Pour en savoir plus sur le matriarcat en Afrique et dans le monde, voir : Géographie et histoire du matriarcat

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Fille bien le jour, sale pute la nuit

Bien le bonjour à toi !

Je veux te parler féminisme, sexualité et représentation de la sexualité féminine dans la société.

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Je suis le genre de fille que tout le monde dans la famille aime à prendre en exemple. Tu sais, cette fille à qui tout a toujours réussit à l’école et dans la vie. Cette fille que bien des gens qualifieraient de « respectable » parce qu’officiellement, elle représente la fille bien, discrète, concentrée sur ses objectifs scolaires et loin des papillonnages que représentent les nombreuses relations amoureuses. Bref, je suis cette fille, exemple même de la « femme à marier » aux yeux de notre société. Mais ce dont je vais te parler aujourd’hui, c’est de mon talent d’actrice. J’ai compris que la société actuelle ne m’accepterait que sous cette forme. Que je n’avais pas le droit publiquement, d’être autre chose que « la fille bien », alors je me suis rangée dans cette case et en secret je mène la vie que je souhaite vraiment.

Je veux te parler de ma vie, mais surtout de ma sexualité, de tout ce qui représente ce que je suis vraiment et que je ne cesse d’opprimer. Ma sexualité est quelque chose d’assez mal vu voire même d’interdit aux yeux de pas mal de gens. Cette sexualité vraisemblablement ne rentre pas dans la norme je le sais. Mais en vérité mon truc à moi, c’est que j’aime plaire, j’aime la séduction, les jeux de flirt avec les garçons, ces jeux dangereux m’excitent. Mon goût du risque est tellement fort que je ressens cette envie de plaire, particulièrement quand je commence à m’ennuyer dans mon couple.
Aussi longtemps que je m’en souvienne, je n’ai jamais été très fidèle. Mais ça, très peu de gens le savent grâce à ma discrétion. Ma vision du couple, des relations humaines est assez libérale. Je me laisse porter par mes envies. J’arrive à savoir si je suis amoureuse, mais cet amour ne m’empêche pas d’avoir d’autres envies. J’ai déjà essayé la fidélité, mais je ne m’y retrouve pas totalement. Et même si cette manière d’appréhender la sexualité a parfois causé des dégâts dans ma vie amoureuse, je n’arrive pas et certainement ne veut pas rentrer dans les clous de cette société.

On pourrait alors se dire, que je n’ai jamais vraiment été amoureuse. Parce que l’amour, le vrai, celui que nous vendent Disney et les films romantiques, n’est pas compatible avec ma conception de l’amour et de la sexualité. Et j’entends déjà les prêtres de la bienséance, armés de la vaillante morale crier à la pute. Mais malheureusement je ne me retrouve pas dans cette case.Je suis dérangée par ce terme sûrement parce que la société en a fait une insulte extrêmement dégradante. Une insulte qui effacerait soudain la part de moi que beaucoup de personnes admirent. Comme le disait Fatal Bazooka, grand poète de notre ère : « un Homme à femmes c’est un séducteur, une femme à hommes C’EST UNE PUTE ! ».

Donc une fille qui aime flirter, aime la séduction, n’a pas le droit de réclamer le respect. Je veux surtout ici mettre en avant qu’il existe d’autres conceptions de la sexualité FÉMININE. Celles qui ne comprennent pas forcement la case « je veux un couple solide », « je ne jure que par la fidélité » , « il faut que je me préserve pour mon mari sinon je serai usée ». Celles qui ne se retrouvent pas dans toutes les idées véhiculées par Disney, de cette femme en détresse attendant son UNIQUE prince charmant. Ou encore pour ce qui me concerne, l’idée de la femme noire qui doit se préserver et être soumise aux envies de son mari. Non, je te parle d’une autre version de cette sexualité qui existe bel et bien. Celle qui comprend « masturbation »,« sex-friend »,« plan cul »,« flirt », «bisexualité »,« infidélité », « mec d’un soir », «multiples relations», «libertinage»…

Je peux comprendre que cette version de la femme en dérange plus d’un, mais je pense qu’il est intéressant de se demander pourquoi ? Pourquoi une certaine vision de la sexualité féminine dérange alors que l’homme est totalement libre de ce côté ? Pourquoi la société n’autorise à la femme qu’une seule conception de sa propre sexualité: un seul homme à la fois, un nombre de partenaires restreint au cours d’une vie et régie obligatoirement par des sentiments amoureux ? Pourquoi Alors que par exemple, l’infidélité chez les hommes est très souvent acceptée, voire considérée comme inhérente à la gente masculine, celle de la femme la rend moins légitime à être respectée ? Pourquoi on en arrive à un point où on invite même les femmes noires africaines à se préparer moralement à accepter l’infidélité de leurs futurs maris ? Ou encore, pourquoi c’est plus normal de parler de masturbation chez les hommes que chez les femmes ?

Nous vivons dans une société que je trouve assez paradoxale quand même. D’un côté, le corps de la femme est montré et hypersexualisé dans les médias, mais de l’autre, on lui en veut d’avoir une sexualité commandée uniquement par ses envies. On veut la femme objet de désir sexuel pour les hommes, mais pas libérée dans ses désirs à elle. Comme si quelque part, la femme était une coque vide provocatrice d’envie, mais qui ne devait guère en posséder elle-même. D’ailleurs, J’ai l’impression que la sexualité de la femme n’a de sens qu’à travers celle de l’homme. Elle doit satisfaire l’homme, mais ne doit pas se satisfaire elle-même. Merci au système patriarcal qui a genré le désir et placé celui de l’homme au-dessus de tout. Merci au patriarcat, qui nous enseigne que les envies de l’homme sont incontrôlables mais que celles des femmes sont exclusivement régies par les sentiments amoureux. Merci aussi au patriarcat qui nous apprend à hiérarchiser les femmes, de fille bien à pute, créant des rivalités féminines inutiles, qui ne profitent qu’aux hommes et qui participent au slut-shaming : Une fille bien n’a pas eu beaucoup de copains, une pute oui. Une fille bien ne trompe jamais, une pute oui. Et etc…et etc…
Alors qu’un homme peut aligner autant de conquêtes qu’il le souhaite, toutes les tromper et cela ne fera que renforcer son capital virilité. Cette société patriarcale nous incite à alimenter et transmettre les pires clichés pour juger de la dignité des femmes, et malheureusement les femmes sont les premières à se juger entre elles.
 Un autre cliché que je trouve ma foi fort intéressant aujourd’hui, c’est le fameux « Tu es féministe mais tu suces des bites ». Il m’a beaucoup interpellé celui-là, je le trouve à la fois drôle et révélateur. Je me suis demandé si me revendiquer féministe me refusait automatiquement le droit à certaines pratiques sexuelles. Le sexe est-il à ce point associé au plaisir de l’homme uniquement, qu’on ne puisse pas concevoir qu’une femme aime sucer VOLONTAIREMENT des bites ? Y’aurait-il une version du sexe hard pour les hommes et soft voire romantique réservée aux femmes comme nous montrerait les sites pornos ?
Je suis consciente et totalement ouverte à l’idée que certaines femmes s’épanouissent et approuvent la vision actuelle de la sexualité féminine. D’ailleurs le féminisme auquel je crois c’est ça, respecter les choix volontaires et conscients de chaque femme sur leur propre vie. Mais pour moi, le but de cet article est d’essayer de mettre des mots sur des choses qui sont à tort ou à raison taxées de tabou ou de pratiques dérangeantes chez les femmes. En rédigeant cet article je me suis moi-même rendue compte à quel point je suis dérangée par cette sexualité, je l’avoue. Je ressens beaucoup de culpabilité, de gêne voire de honte face à elle. Toutefois, cela ne m’empêche pas de réfléchir, de me poser des questions, de me demander: Pourquoi c’est si mal vu d’être une femme qui aime le sexe ? Pourquoi on nous présente le couple comme seul moyen correct de vivre sa sexualité ? Pourquoi l’infidélité de la femme est si mal vue ? Dans le fond, est-ce si grave si je suis « une pute » mais que je suis épanouie ?
Comme je l’ai dit plus haut, je suis consciente que toutes les filles ne ressentent pas les mêmes besoins que moi. Mon article cherche avant tout à susciter en toi ne serait-ce qu’une once de remise en question de ce que tu penses être bien ou pas en matière de sexualité féminine. Je veux t’amener à te poser des questions sur la condition de la femme aujourd’hui, sur toutes ces obligations sociales qui sont un peu posées là comme des dogmes sans réelle explication. Dans le meilleur des cas, tu pourras même te débarrasser de quelques idées restrictives concernant la vie sexuelle d’une femme.
Je pense que toute femme devrait se poser ces questions : Pourquoi en tant que femme ma sexualité devrait définir si je suis quelqu’un de bien ou pas ? Pourquoi je devrais choisir entre être la fille bien qui inhibe ses propres désirs pour être validée par « la société  » et être la pute qui jouit pleinement de sa sexualité sans s’en cacher ? Pourquoi en tant que femme, je ne pourrais pas être et faire ce que je veux de MON corps, sans qu’un jugement de valeur ne soit posé sur ma vie ?
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