Vis ma Vie

Fille bien le jour, sale pute la nuit

Bien le bonjour à toi !

Je veux te parler féminisme, sexualité et représentation de la sexualité féminine dans la société.

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Je suis le genre de fille que tout le monde dans la famille aime à prendre en exemple. Tu sais, cette fille à qui tout a toujours réussit à l’école et dans la vie. Cette fille que bien des gens qualifieraient de « respectable » parce qu’officiellement, elle représente la fille bien, discrète, concentrée sur ses objectifs scolaires et loin des papillonnages que représentent les nombreuses relations amoureuses. Bref, je suis cette fille, exemple même de la « femme à marier » aux yeux de notre société. Mais ce dont je vais te parler aujourd’hui, c’est de mon talent d’actrice. J’ai compris que la société actuelle ne m’accepterait que sous cette forme. Que je n’avais pas le droit publiquement, d’être autre chose que « la fille bien », alors je me suis rangée dans cette case et en secret je mène la vie que je souhaite vraiment.

Je veux te parler de ma vie, mais surtout de ma sexualité, de tout ce qui représente ce que je suis vraiment et que je ne cesse d’opprimer. Ma sexualité est quelque chose d’assez mal vu voire même d’interdit aux yeux de pas mal de gens. Cette sexualité vraisemblablement ne rentre pas dans la norme je le sais. Mais en vérité mon truc à moi, c’est que j’aime plaire, j’aime la séduction, les jeux de flirt avec les garçons, ces jeux dangereux m’excitent. Mon goût du risque est tellement fort que je ressens cette envie de plaire, particulièrement quand je commence à m’ennuyer dans mon couple.
Aussi longtemps que je m’en souvienne, je n’ai jamais été très fidèle. Mais ça, très peu de gens le savent grâce à ma discrétion. Ma vision du couple, des relations humaines est assez libérale. Je me laisse porter par mes envies. J’arrive à savoir si je suis amoureuse, mais cet amour ne m’empêche pas d’avoir d’autres envies. J’ai déjà essayé la fidélité, mais je ne m’y retrouve pas totalement. Et même si cette manière d’appréhender la sexualité a parfois causé des dégâts dans ma vie amoureuse, je n’arrive pas et certainement ne veut pas rentrer dans les clous de cette société.

On pourrait alors se dire, que je n’ai jamais vraiment été amoureuse. Parce que l’amour, le vrai, celui que nous vendent Disney et les films romantiques, n’est pas compatible avec ma conception de l’amour et de la sexualité. Et j’entends déjà les prêtres de la bienséance, armés de la vaillante morale crier à la pute. Mais malheureusement je ne me retrouve pas dans cette case.Je suis dérangée par ce terme sûrement parce que la société en a fait une insulte extrêmement dégradante. Une insulte qui effacerait soudain la part de moi que beaucoup de personnes admirent. Comme le disait Fatal Bazooka, grand poète de notre ère : « un Homme à femmes c’est un séducteur, une femme à hommes C’EST UNE PUTE ! ».

Donc une fille qui aime flirter, aime la séduction, n’a pas le droit de réclamer le respect. Je veux surtout ici mettre en avant qu’il existe d’autres conceptions de la sexualité FÉMININE. Celles qui ne comprennent pas forcement la case « je veux un couple solide », « je ne jure que par la fidélité » , « il faut que je me préserve pour mon mari sinon je serai usée ». Celles qui ne se retrouvent pas dans toutes les idées véhiculées par Disney, de cette femme en détresse attendant son UNIQUE prince charmant. Ou encore pour ce qui me concerne, l’idée de la femme noire qui doit se préserver et être soumise aux envies de son mari. Non, je te parle d’une autre version de cette sexualité qui existe bel et bien. Celle qui comprend « masturbation »,« sex-friend »,« plan cul »,« flirt », «bisexualité »,« infidélité », « mec d’un soir », «multiples relations», «libertinage»…

Je peux comprendre que cette version de la femme en dérange plus d’un, mais je pense qu’il est intéressant de se demander pourquoi ? Pourquoi une certaine vision de la sexualité féminine dérange alors que l’homme est totalement libre de ce côté ? Pourquoi la société n’autorise à la femme qu’une seule conception de sa propre sexualité: un seul homme à la fois, un nombre de partenaires restreint au cours d’une vie et régie obligatoirement par des sentiments amoureux ? Pourquoi Alors que par exemple, l’infidélité chez les hommes est très souvent acceptée, voire considérée comme inhérente à la gente masculine, celle de la femme la rend moins légitime à être respectée ? Pourquoi on en arrive à un point où on invite même les femmes noires africaines à se préparer moralement à accepter l’infidélité de leurs futurs maris ? Ou encore, pourquoi c’est plus normal de parler de masturbation chez les hommes que chez les femmes ?

Nous vivons dans une société que je trouve assez paradoxale quand même. D’un côté, le corps de la femme est montré et hypersexualisé dans les médias, mais de l’autre, on lui en veut d’avoir une sexualité commandée uniquement par ses envies. On veut la femme objet de désir sexuel pour les hommes, mais pas libérée dans ses désirs à elle. Comme si quelque part, la femme était une coque vide provocatrice d’envie, mais qui ne devait guère en posséder elle-même. D’ailleurs, J’ai l’impression que la sexualité de la femme n’a de sens qu’à travers celle de l’homme. Elle doit satisfaire l’homme, mais ne doit pas se satisfaire elle-même. Merci au système patriarcal qui a genré le désir et placé celui de l’homme au-dessus de tout. Merci au patriarcat, qui nous enseigne que les envies de l’homme sont incontrôlables mais que celles des femmes sont exclusivement régies par les sentiments amoureux. Merci aussi au patriarcat qui nous apprend à hiérarchiser les femmes, de fille bien à pute, créant des rivalités féminines inutiles, qui ne profitent qu’aux hommes et qui participent au slut-shaming : Une fille bien n’a pas eu beaucoup de copains, une pute oui. Une fille bien ne trompe jamais, une pute oui. Et etc…et etc…
Alors qu’un homme peut aligner autant de conquêtes qu’il le souhaite, toutes les tromper et cela ne fera que renforcer son capital virilité. Cette société patriarcale nous incite à alimenter et transmettre les pires clichés pour juger de la dignité des femmes, et malheureusement les femmes sont les premières à se juger entre elles.
 Un autre cliché que je trouve ma foi fort intéressant aujourd’hui, c’est le fameux « Tu es féministe mais tu suces des bites ». Il m’a beaucoup interpellé celui-là, je le trouve à la fois drôle et révélateur. Je me suis demandé si me revendiquer féministe me refusait automatiquement le droit à certaines pratiques sexuelles. Le sexe est-il à ce point associé au plaisir de l’homme uniquement, qu’on ne puisse pas concevoir qu’une femme aime sucer VOLONTAIREMENT des bites ? Y’aurait-il une version du sexe hard pour les hommes et soft voire romantique réservée aux femmes comme nous montrerait les sites pornos ?
Je suis consciente et totalement ouverte à l’idée que certaines femmes s’épanouissent et approuvent la vision actuelle de la sexualité féminine. D’ailleurs le féminisme auquel je crois c’est ça, respecter les choix volontaires et conscients de chaque femme sur leur propre vie. Mais pour moi, le but de cet article est d’essayer de mettre des mots sur des choses qui sont à tort ou à raison taxées de tabou ou de pratiques dérangeantes chez les femmes. En rédigeant cet article je me suis moi-même rendue compte à quel point je suis dérangée par cette sexualité, je l’avoue. Je ressens beaucoup de culpabilité, de gêne voire de honte face à elle. Toutefois, cela ne m’empêche pas de réfléchir, de me poser des questions, de me demander: Pourquoi c’est si mal vu d’être une femme qui aime le sexe ? Pourquoi on nous présente le couple comme seul moyen correct de vivre sa sexualité ? Pourquoi l’infidélité de la femme est si mal vue ? Dans le fond, est-ce si grave si je suis « une pute » mais que je suis épanouie ?
Comme je l’ai dit plus haut, je suis consciente que toutes les filles ne ressentent pas les mêmes besoins que moi. Mon article cherche avant tout à susciter en toi ne serait-ce qu’une once de remise en question de ce que tu penses être bien ou pas en matière de sexualité féminine. Je veux t’amener à te poser des questions sur la condition de la femme aujourd’hui, sur toutes ces obligations sociales qui sont un peu posées là comme des dogmes sans réelle explication. Dans le meilleur des cas, tu pourras même te débarrasser de quelques idées restrictives concernant la vie sexuelle d’une femme.
Je pense que toute femme devrait se poser ces questions : Pourquoi en tant que femme ma sexualité devrait définir si je suis quelqu’un de bien ou pas ? Pourquoi je devrais choisir entre être la fille bien qui inhibe ses propres désirs pour être validée par « la société  » et être la pute qui jouit pleinement de sa sexualité sans s’en cacher ? Pourquoi en tant que femme, je ne pourrais pas être et faire ce que je veux de MON corps, sans qu’un jugement de valeur ne soit posé sur ma vie ?
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Maigris et tais-toi !

Bien le bonjour à toi,

Aujourd’hui je vais te parler de grossophobie, fat-shaming et body-shaming.

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Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été grosse. Je n’aime pas qu’on tourne autour du pot « Non tu n’es pas grosse tu as des formes, des courbes. Non mais tu n’es pas grosse comme Marguerite ! Elle, elle est grosse toi ça va! « . Non ! Je suis GROSSE. Je me le répète assez souvent pour dédramatiser, désacraliser et conjurer ce terme. Aujourd’hui j’apprends encore à accepter et à embrasser ce mot: « grosse ». Personne ne s’offusque jamais qu’on lui dise « tu es mince » ou « tu as maigri ». Pourquoi alors le terme « gros » serait l’équivalent d’une insulte ?

Du plus loin que je me souvienne encore, je n’ai jamais aimé mon corps. Je me répétais souvent « je suis une fille mince dans le corps d’une grosse ». Je voulais maigrir, je devais maigrir, je priais pour maigrir. Toute ma vie était construite autour d’un mode de vie qu’aujourd’hui je peux qualifier de malsain. Aller de régimes en régimes qui ne fonctionnent pas, me priver de manger pendant des jours, culpabiliser à chaque fois que je faisais des écarts dans mes pseudo régimes ultra agressifs, puis recommencer un autre régime et répéter le processus jusqu’à la culpabilisation, encore et encore et encore….

Parce que j’avais dans la tête que je ne serais heureuse que lorsque je serais mince. J’avais décidé que je ne pouvais pas finir ma vie grosse, que tous ces régimes devaient marcher, ou sinon je ne serais jamais aimée, jamais considérée comme belle. Aujourd’hui en y repensant, je trouve ça d’une extrême violence. Décider que mon bonheur allait dépendre du nombre qui s’affichait sur une balance, rejeter mon corps et le considérer comme une part externe à la personne que je suis.

Je suis grosse, mon corps est gros, mon âme est grosse, mon cœur est gros. Ma personnalité, mes forces, mes faiblesses, tout ça a été construit autour du fait que je suis grosse. J’aime la personne que je suis, et je ne serais pas cette personne aujourd’hui, si je n’avais pas été grosse. Alors m’évertuer à considérer MON corps comme n’étant pas le mien ? Pourquoi ?

Pour de nombreuses raisons.D’abord, parce que cette société invisibilise les personnes grosses dans les médias ou ne nous les montre que complexées, essayant désespérément de maigrir, victimisées et moches. Connaissez-vous un personnage de film, de série, de BD, gros et qui s’aime comme il est ? Ou dont le rôle dans l’intrigue n’a rien à voir avec son poids ? Connaissez vous un super héros gros ? Un gros dans une série présenté comme THE personne que tout le monde voudrait être ? Un gros affecté par les particules accélératrices de Flash ? Ou ça affecte uniquement les personnes minces ? Est-ce qu’une femme grosse peut être dans ma série préférée How to get away with a murder et être aimée, faire l’amour, tromper, trouver l’amour, comme un personnage normal de fiction, sans qu’on ne fasse cas de son poids ? Jamais ou alors très rarement.

Chaque fois qu’une personne grosse est à la télé, dans un magasine, etc…c’est dans des images avant/après super vendeuses, pour un produit d’amaigrissement. Ou alors on est présenté comme des marginaux négligés et qui se négligent. Ou encore on est le meilleur ami du héro, tu sais celui que personne ne voudrait être, celui qui se fait insulter et maltraiter par tout le lycée, oui l’éternelle victime. Parce qu’on est que ça, des proies fragiles à qui vendre des produits miracles amincissants ou alors des victimes complexées et malheureuses à cause de leur poids. Le message est bien clair : maigris et tu seras enfin heureux et accepté, gros comme tu es, tu es hors norme, moche et tu seras toujours rejeté.

Mais bien entendu, si ce mal-être se limitait à la pression des médias, ce serait trop facile ! Alors les gens que tu aimes en remettent trois couches. Depuis l’enfance tu te prends des réflexions dans la gueule sur ton poids par toute ta famille. Et même tes parents : « Ma fille tu es belle, mais si tu maigris, tu seras encore plus belle », « regarde tes bras comment ils sont gros dans ce tee-shirt », « regarde ton ventre dans cette robe », « regarde tes cuisses », « regarde tes copines, les filles de ton âge comment elles sont minces et belles ». Tu arrives aux fêtes de familles stressée, la boule au ventre, parce que tu sais que de ton physique au contenu de ton assiette, tu seras jugée. On te sort entre deux coups de fourchette « Tu sais? si tu ne maigris pas tu ne trouveras jamais de mari », « regarde tes cousines, ta sœur, tu ne veux pas être belle et fine comme elles ? », « Quoi tu vas manger tout ça ! Toi aussi regarde toi un peu, tu vas finir par exploser ». Ou quand tu es plus jeune « Amandine, tu dois faire quelque chose pour ta fille, regarde comme elle est grosse ! ». On te trouve des surnoms : la grosse, mamie dan*, bouboule…que toute ta famille prend plaisir à utiliser. Tu subis, tu agis comme si ça ne t’atteignait pas, mais tu es en pleures intérieurement. Même en écrivant ces phrases, mes larmes remontent à mes yeux.

Alors quand tu comprends que tu n’es pas assez bien même pour les gens que tu aimes le plus au monde, quand tu comprends qu’ils n’aiment pas ce que tu es, qu’ils te rejettent parce que tu es grosse, comment t’aimer toi-même ? Comment t’accepter ? Inconsciemment j’avais compris que pour le monde je ne serai jamais plus qu’une marginale, invisible, que personne ne pouvait aimer, alors j’ai décidé de me faire remarquer. Je voulais qu’on m’aime, alors j’ai commencé à être une sorte de rebelle à l’école, parce que je voulais qu’on me voit, qu’on me remarque, qu’on sache que j’existe. Je ne voulais pas être cette victime qu’on rejette et avec qui personne ne veut être vu. Puis en grandissant je me suis assagie, mais je voulais toujours de la visibilité, alors j’ai commencé à me faire remarquer en « bien ». Je suis passée de la rebelle à la chef de classe puis présidente de ma promo en terminale. Quelque part, sans même que je le sache, je faisais tout ça pour prouver que je n’étais pas seulement grosse. Qu’on ne pouvait pas me pousser dans un coin, coller une étiquette sur moi et ne plus faire attention à moi. Que j’étais beaucoup plus que ce que le monde voulait faire de moi.

Pendant un moment, ça a fonctionné comme thérapie, mais en arrivant en France, plus du tout. Parce qu’ici, je n’arrivais pas à m’affirmer, ce n’était plus mon monde, je n’étais plus la présidente de promo ou la rebelle. Il fallait tout recommencer, dans un environnement que je ne connaissais/comprenais pas, et je n’y arrivais pas. Je ne trouvais pas ma place, ni en tant que femme noire, ni en tant que femme grosse, alors je me suis mise à disparaître. Disparaître derrière de gros vêtements qui cachaient mon corps. Disparaître des cercles d’amis, des soirées, de la vie étudiante. Je me contentais d’aller en cours, puis de rentrer chez moi. Je suis alors entrée dans une phase de détestation de moi-même, où je pouvais passer 4 à 5 jours sans rien avaler. J’étais prête à tout pour maigrir, parce que si je maigrissais, les gens m’aimeraient, je ne serais plus invisible et je pourrais enfin être heureuse. Un cercle vicieux auto-destructeur où je ne mangeais pas pour enfin être heureuse, mais moins je mangeais et plus j’étais malheureuse.

Puis un jour, j’ai découvert l’afroféminisme. J’ai commencé à me documenter, dévorer des articles, regarder des vidéos. Ça a été une révélation. L’afroféminisme me disait, tu es une femme, noire, tu comptes, ce que tu penses compte, ce que tu es compte, tu n’as pas à subir le système. De là, ça allait déjà mieux. J’avais découvert une cause qui valorisait la femme noire que j’étais, qui me faisait comprendre que mon sentiment de rejet dans ce monde occidental était légitime et normal. Alors je m’y suis mise à fond. Puis un autre jour, je suis tombée sur un lien qui redirigeait vers un article sur la « Grossophobie ». Là, ma dernière phase de guérison a été enclenchée. Cet article a été la révélation de ma vie. C’était comme si j’étais atteinte d’une maladie inconnue depuis la naissance, qu’elle me tuait progressivement, m’empêchait de vivre et que finalement quelqu’un localisait le mal et le nom de la maladie. La grossophobie, cette idéologie discriminatoire, qui appelle au rejet, à la détestation, la marginalisation et l’invisibilisation des personnes grosses. Cet article c’est GROSSE de Mathilde, qui a notamment été candidate à The Voice. Je l’ai découvert sur le blog de L’Utoptimiste, dont chaque article est une véritable bénédiction, qui me fait aimer qui je suis un peu plus. J’ai lu cet article, ai pleuré en le lisant, l’ai relu encore et encore, en ai fait des captures d’écran, car c’était la première fois que des mots étaient mis sur mes maux. Je suis devenue une fervente militante du mouvement Body Positive, de tout ce qu’il prônait et j’ai décidé d’en faire ma religion.

Et depuis j’ai fait tellement de chemin, même si je suis loin d’être totalement « guérie ».  Je suis encore soumise à la pression sociale de maigrir, mais j’ai décidé d’avoir un credo: « I am good enough ». Telle que je suis, je suis bien. Je suis grosse, je suis là, je compte, j’existe, pas seulement à travers mon militantisme ou mes capacités de leader ou rebelle à l’école, non. J’existe, je compte car je suis une personne, grosse peut-être, mais qui mérite d’être regardée, d’être vue, de susciter le désir, d’être aimée. Qui mérite qu’on la voit comme une personne à part entière et pas comme la grosse qui doit se contenter de maigrir et se taire.

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Aujourd’hui, 21 ans après ma naissance, quand j’ai chaud, je peux retirer mon gilet et montrer en public mes gros bras dans un tee-shirt sans manche, sans en avoir honte. Récemment, j’ai porté mon premier crop-top qui montrait mon gros ventre plein de bourrelets. J’achète et porte des vêtements, plus pour me cacher, mais me montrer et montrer mon corps, parce qu’il est beau ! Parce que non seulement j’ai décidé que mon bonheur ne dépendra plus jamais de mon poids, mais aussi que le regard des gens et de la société ne pouvait pas dicter ma vie. Je n’ai pas de recette miracle contre la grossophobie ou le body-shaming, d’ailleurs il n’y a pas de recette miracle je pense. Il faut faire un choix, pas une résignation ou une option par défaut. Un choix de décider qu’on peut être gros.se et heureu.x.se, qu’on veut l’être, qu’on n’a pas à changer pour rentrer dans un moule qui ne veut pas de nous. C’est un choix de se dire qu’on supporte et qu’on supportera encore les blagues et les propos grossophobes, dans une société grossophobe, mais que ça ne dictera plus jamais notre façon de vivre. J’en suis là, j’ai décidé, j’ai fait mon choix et depuis je revis. La route est longue et tumultueuse jusqu’à la guérison totale, mais je sais que je peux le faire. I AM GOOD ENOUGH JUST AS I AM. Je ne vais plus raser les murs et me cacher, même si c’est ce que cette société voudrait.

Je suis grosse, je ne veux pas maigrir et je ne me tairai plus !

 

Credit photos : WEAR YOUR VOICE

*Du dialecte ivoirien le Baoulé qui est l’équivalent de « big mama »

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