Vidéothèque

« Noire Amérique » : la belle surprise d’Arte

Hey toi !

Un ami m’a fait découvrir une série de vidéos beaucoup trop cooooools et il faut absolument que je les partage avec toi. Alors pose-toi, prend ta tasse de thé, des cookies et c’est partit !

[Ps: clique sur les titres et tu accéderas aux vidéos]

 

Noire Amérique est une série de huit vidéos, présentées par Alain Mabanckou et réalisées par Caroline Blache et Florent de la Tullaye. Ces vidéos d’environ 5min chacune retracent les combats actuels de la communauté noire aux Etats-Unis.

Etats-Unis, été 2013, la communauté noire américaine est choquée par l’acquittement de George Zimmerman, le policier blanc responsable de la mort de Trayvon Martin, un jeune adolescent noir de 17 ans. La militante Alicia Garza publie alors sur sa page facebook : « Black people […] Our lives matter. » Son amie Patrisse Cullors-Brignac, reprend ces mots et en fait le hashtag #BlackLivesMatter qui a fait le tour du monde et que nous connaissons tous aujourd’hui. Le black activism n’est alors plus seulement dans les rues, mais aussi sur les réseaux sociaux, ce qui lui donne une plus grande influence médiatique.

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La vidéo conclut en faisant un parallèle avec la France, pays où la question raciale est pourtant très peu abordée dans le débat public.

 

C’est toujours dans le soucis de visibilité et de prise de parole des concernés, que les sportifs noirs américains, sur les pas de Mohamed Ali, décident de prendre position. De Michael Jordan à Lebron James, en passant par Colin Kaepernick (a.k.a. bae), ces athlètes utilisent leur influence pour faire changer les choses.2.jpg

 

La révolution n’est pas seulement dans le milieu sportif, elle va bien au-delà. Dans le monde du cinéma, des acteurs et réalisateurs comme Viola Davis, Chris Rock et Spike Lee, dénoncent le manque d’opportunités pour les noirs à Hollywood et leur non représentativité dans les médias en général. De plus en plus, les afro-américains se créent une place dans l’espace médiatique par eux-même en entreprenant des projets grâce auxquels ils se visibilisent et font entendre leurs voix. C’est le cas par exemple du film Dear white people de Justin Simien [à propos, tu finis de lire cet article, TU. VAS. VOIR. CE. FILM. stp].3

 

La revendication de la beauté noire est une part importante du black activism. C’est pourquoi porter ses cheveux afro devient un acte de rébellion contre cette société où les critères de beauté sont occidentaux. Embrasser ses cheveux naturels et en être fiers, c’est sortir de l’aliénation capillaire et défier la blanchité et ses politiques de respectabilité.

4.jpg« If your hair is relaxed, white people are relaxed. If your hair is nappy, they are not happy »

Les violences policières et le système carcéral américain, dont les plus grandes victimes sont les noirs, rappellent la triste époque de la ségrégation raciale. C’est cela que dénoncent les artistes dits du Black Power tels que Beyoncé, Kendrick Lamar, Jay-Z, Alicia Keys et bien d’autres, qui tentent grâce à la musique de briser les chaines d’un système hérité de l’esclavage.

5.jpg« Les artistes noirs américains ne demandent pas la permission d’exister, ils font partie intégrante de ce pays,  ils n’ont pas à s’excuser de le raconter tel qu’ils le voient. »

Briser le système, c’est aussi briser les stéréotypes qui en découlent tel que celui du noir délinquant et ghetto. Des photographes comme W.E.B. Dubois, Ayana V. Jackson et Hank Willis Thomas questionnent la représentation des noirs en déjouant ces clichés.

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En même tant que les noirs américains cherchent à légitimer leur place dans la société américaine, ils tentent également de renouer avec leurs racines africaines. Ils clament haut et fort leur identité face à un climat social oppressant à travers des festivités telle que la Kwanzaa, les Curlfest, les Afropunks, etc…

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Kyle Abraham à travers la danse classique, les LGBT afro-américains à travers le Voguing, les sapeurs du Congo, autant de moyens d’expressions utilisés par les noirs pour se réapproprier des espaces et ainsi s’imposer dans un système qui ne les voit pas.

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S’il y a bien quelque chose à retenir en regardant cette série de 8 vidéos – et qui accessoirement m’a maintenu éveillée jusqu’à 3 du matin pour écrire cet article – c’est qu’il faut refuser d’être invisibles ! On existe, on est là et on n’a pas à s’excuser de notre identité. Parce qu’après tout, ne l’oublions pas, ceci est une affaire de flamboyance !

Des bisous mes peaux hydratées et à bientôt sur New’Fro :*

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Ce mois-ci

Novembre 2016

Bonjour à toi !

J’espère que tu vas bien et que tu as passé de bonnes vacances. De notre côté, on a profité de cette rentrée pour mettre de l’ordre sur le blog et définir de nouvelles perspectives. Il est vrai qu’on a un peu beaucoup pris notre temps [ Quoi ? Novembre c’est toujours la rentrée wesh !] . Mais nous sommes de retour avec de nouvelles rubriques dont celle-ci qui s’appelle « Ce mois -ci » que vous retrouverai chaque début de mois. Nous essayerons de proposer des événements cools (expos, sorties de films/musiques…) ainsi qu’une sélection de livres.

On vous laisse avec la sélection de ce mois.

A bientôt sur New’Fro !


LES FILMS

Le Gang des antillais, Jean Claude Barny 

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Dans les années 70, le BUMIDOM promettait de favoriser l’insertion en métropole des français des DOM-TOM. Jimmy Larivière, arrivé à Paris pour refaire sa vie, ne parvient pas à trouver sa place dans la société. Sa rencontre avec un groupe de trois jeunes antillais va l’entraîner dans une série de braquages retentissants.

Date de sortie: 30 Novembre 2016

 

La fine équipe, Magaly Richard-Serrano

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Omen est un inconditionnel de Stan, chanteuse black au flow ravageur. Sans doute l’un des derniers fans, vu comment le groupe galère ! Le jour où il croise son idole par hasard, Omen lui propose ses services : « chauffeur polyvalent à tout faire ». Contre l’avis général de l’équipe, Stan embarque ce petit blanc pas toujours réveillé, limite bordélique, dont elle semble être la seule à entrevoir les talents… très bien cachés.

Date de sortie: 30 Novembre 2016

 

Swagger, Olivier Babinet 

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Swagger nous transporte dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au coeur des cités les plus défavorisées de France. Le film nous montre le monde à travers leurs regards singuliers et inattendus, leurs réflexions drôles et percutantes. En déployant une mosaïque de rencontres et en mélangeant les genres, jusqu’à la comédie musicale et la science-fiction, Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d’Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l’ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera

Date de sortie: 16 Novembre 2016

 

 

LES SERIES

 

Star,  Lee Daniel & Thom Donaghy

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LES MUSIQUES

 

Bruno Mars, XXI K Magic

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Bruno Mars est de retour avec son 3ème album  24K Magic dont le premier single déjà sorti porte le même nom. On adore les sonorités funk qui nous ramènent dans les années discos. Prenez et kiffez-en TOUS !

Date de sortie: 18 Novembre 2016

 

LES LIVRES

Afrotopia, Felwine SARR

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Ne suis-je pas une femme, Hell Brooks

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La minute féministe

« Mamie cuisine, la cuisine de mère en fille  » *

Bien le bonjour à toi !

Aujourd’hui, j’aimerais te parler de moi en tant que femme et potentiellement mère et/ou épouse.

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Depuis ma naissance j’évolue dans une famille où les rôles sont strictement définis en fonction du genre et où les tâches ménagères sont destinées à la femme. Je n’avais jamais été réellement dérangée par cette distribution des rôles, mais aujourd’hui plus que jamais, je me questionne beaucoup sur sa pertinence.

Je me rends compte qu’on éduque les femmes en leur disant: tu dois faire ça pour être une vraie femme, tu dois faire ci pour être une bonne épouse, tu dois agir de cette façon pour retenir ton mari. On définit bien souvent nos rôles, nos compétences, en fonction de ce qu’on pourrait apporter à l’homme. Par exemple, on impose à la femme de savoir cuisiner, pas parce que ça changerait quelque chose pour elle (apparemment), mais parce qu’elle se devra de le faire pour son futur époux, pour le retenir. Et soit dit en passant, si tu dois faire des choses pour « retenir » quelqu’un dans une relation, ce n’est plus un couple, c’est une prison. Personne n’a à retenir qui que ce soit, on fait le choix de rester ou alors on part. Non ?

Je m’interroge beaucoup sur la logique de tous ces schémas de pensée. La femme doit se plier en 4 pour « retenir » son époux, mais qu’est-ce qu’on impose à l’homme pour « retenir » sa femme ? Pourquoi ces obligations ne marchent bien souvent que dans un seul sens ? Je vois déjà certains venir me taxer de féministe comme si je devrais m’en sentir vexée, mais je pense sincèrement que nombre de choses sont à requestionner.

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Pourquoi au sein des familles on met un point d’honneur à enseigner aux femmes à cuisiner et pas aux hommes ? Les hommes n’ont pas besoin de savoir cuisiner eux ? Les femmes de par leur chromosome XX auraient donc des compétences culinaires génétiques ? Qu’on s’entende, je ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose que des mères transmettent leur talent de cuisinière à leurs filles. Ce que je ne comprend pas, c’est qu’elles transmettent ce savoir, que certains trouvent si important, UNIQUEMENT à leurs filles. Ou même que ce soit UNIQUEMENT les mères qui transmettent ce savoir.

Je le vois de cette manière: je sais jouer du piano et un jour si j’ai des enfants, c’est une chose que j’aimerais leur transmettre. Pourquoi alors je déciderais d’apprendre à ma fille et seulement à elle à jouer au piano et pas à mon fils ? Ce serait défavoriser mon fils non ? Qu’est-ce qui fait que ma fille aurait plus besoin de cette compétence que mon fils ? Et bien pour la cuisine c’est pareil. Si c’est réellement si indispensable de savoir cuisiner, alors j’aimerais que tous mes enfants, filles et garçons, sachent le faire. Et si ils n’aiment pas ou n’y arrivent pas, tant pis, pour moi ça ne retire rien à leur féminité ou à leur masculinité.

Ça reste une compétence sans laquelle on peut très bien survivre, au même titre que savoir jouer du piano. Ce n’est pas génétique et ça s’apprend, si réellement on le désire. Sauf que le patriarcat (oui encore lui), nous enseigne qu’un couple, c’est une femme qui sait cuisiner (la bonne femme à marier, la VRAIE femme) et un homme qui s’installe à table et dévore les succulents mets de son épouse. Autrement dit, « comment retenir son homme saison 999 épisode 5680 ». A tel point qu’on a tendance à féminiser ou en tout cas à dévaloriser la masculinité des hommes qui cuisinent en général ou qui cuisinent pour leur femme.

Seulement, ça reste encore ma façon de voir les choses, mais un couple c’est avant tout une équipe où surtout aucun rôle n’est défini en fonction du genre. Autant je cuisine, fais le ménage, les courses, etc…autant j’attends de mon copain qu’il le fasse aussi, voire mieux, qu’on le fasse ensemble. Je ne me vois pas évoluer au sein d’un couple où même quand je n’ai pas envie, les dogmes du patriarcat m’obligent à exécuter certaines tâches. Je veux pouvoir dire « c’est toi ou moi qui cuisine ce soir ? » « C’est mon tour ? J’ai pas très envie? tu peux cuisiner toi ? » « Tu n’as pas envie de cuisiner ce soir ? moi non plus, on commande ? », sans que mon statut de femme ne soit remis en cause. Je ne veux pas être obligée de (savoir) cuisiner parce que je suis née avec un vagin, parce que je suis une femme, comme on me l’a appris.

Et je n’ai aucune honte à dire que ce système dans lequel j’ai été élevée manque cruellement de logique. Je ne me cacherai pas derrière des « ça a toujours été comme ça » « Chez moi c’est les femmes qui l’ont toujours fait » « ma mère, ma grand-mère, mon arrière grand-mère [insérer le reste de l’arbre généalogique féminin] ont toujours cuisiné tout le temps pour leur époux », pour fermer le débat. Et je ne m’arrêterai certainement pas à l’argument culturel: « En Afrique c’est comme ça, c’est les blancs qui vous ont gâté ». D’abord parce que le fait qu’une situation ait toujours existé et ait été reproduite par ma mère, ma grand-mère…etc, ne légitime pas pour autant sa pertinence. Et ensuite, parce que ce n’est pas l’occident qui m’a « gâté ». Pour le petit cours d’histoire, l’Afrique pré-coloniale avait plusieurs groupes ethniques qui s’inscrivaient dans un système matriarcal. Il s’agissait de sociétés où la femme pouvait aussi bien être reine ou guerrière que femme au foyer. L’examen de passage de la féminité ne se déroulait pas exclusivement dans la cuisine. Pour finir, j’aimerais qu’on se pose un instant et qu’on se demande en quoi le sujet du partage des tâches ménagères serait-il une perversion occidentale ? En quoi une femme africaine qui demande l’égalité dans le partage de tâches ménagères au sein de son couple serait victime d’un lavage de cerveau de la part « des blancs » ?

Pour ma part, je pense qu’il faut repenser le modèle de « LA bonne épouse » dans la société.

Une bonne épouse ce n’est pas forcément celle qui fait à manger du 1er au 31, qu’elle ait envie ou non. Une bonne épouse c’est une femme, qui évolue dans son foyer sans se sentir obligée de faire quoi que ce soit, du simple fait de son genre. Alors cuisinez ou non, faites-le tout le temps ou non, mais ne le faites surtout pas pour répondre aux critères patriarcaux qui définissent LA VRAIE femme. Il n’y a pas de vraie femme, il y a DES femmes. Toutes différentes, ayant des ambitions, des envies, des préférences, des compétences, des talents, des styles de vie différents. Et aucun de leurs choix et surtout par rapport à des futilités comme la cuisine et le ménage ne devraient définir si ce sont de « vraies femmes ».

Mais comme je ne cesse de le dire, ce n’est encore que mon avis 😉


* Nom d’une émission culinaire ivoirienne

Credit Photos -> image1: Blog Femme vertueuse / image2: GBICH!

Pour en savoir plus sur le matriarcat en Afrique et dans le monde, voir : Géographie et histoire du matriarcat

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La minute féministe

Oui, je suis anti-féminisme ! Et alors ?

 

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Comme nous le savons tous, la féministe est un suppôt de satan. Bien le bonjour à toi, et j’espère qu’après cet article, tu seras enclin à participer à ma lutte.

Je suis anti-féminisme et je trouve que ma voix n’est pas assez entendue surtout avec la récente montée au  pouvoir des féministes. Très souvent démoniaque, la féministe se bat à tord contre la société qu’elle qualifie de « patriarcale » en voulant nous faire adhérer au lobby féministe. Détentrice des pouvoirs les plus obscures, c’est souvent à cause d’elle que l’orage s’abat sur votre ville.

Elle est contre vous, épie vos faits et gestes dans les moindres détails, trouve TOUT sexiste! Des pubs à la télé à votre petite blague sur les gros culs. Si on peut même plus rigoler alors là ! Armée du gourdin « anti-patriarchal princess » (oui c’est comme ça qu’elle appelle les femmes anti-féminisme) et de la bombe au poivre « anti-fuckboy » (c’est comme ça qu’elle appelle les hommes anti-féminisme), elle sillonne les rues des internets et de la ville, à la recherche de ses prochaines victimes. Sa devise « Who run the world? Girls ! » la pousse à vouloir tout détruire sur son passage à l’instar de Beyoncé et sa batte de Baseball « hot sauce » dans Hold Up.

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On le sait tous, la féministe est une pauvre fille aigrie, frustrée et totalement déconnectée de nos valeurs africaines qui s’invente des combats pour pimenter sa vie.

Notre société est très bien comme elle est ! Rien à y changer. De toute façon, je suis une femme soumise et j’aime ça. Pour moi, cette soumission passe par le fait que je me dois de savoir bien cuisiner pour mon mari (tous les jours et à toute heure, avec ou sans mon envie) afin de le retenir, je dois satisfaire ses besoins au lit et ses moindres désirs, sinon on connait les hommes, il ira voir ailleurs. Mais toutefois, si par mégarde il arrive qu’il me trompe je me dois de rester forte et aimante à ses côtés car seules les vraies femmes supportent l’infidélité. Pour finir, je me dois de connaitre ma place de seconde dans le foyer et de ne menacer d’aucune manière l’autorité et le pouvoir de mon mari. Après tout c’est lui le chef de la famille.

Pourquoi se casser la tête à réfléchir sur le sens des termes comme « chef de famille » et « soumission de la femme » dans notre société d’aujourd’hui. Le chef, c’est l’homme et la subordonnée c’est la femme (POINT). Pourquoi se fatiguer à chercher à voir le couple comme une équipe plutôt que comme une relation dominant/dominé. Peu importe si ce schéma chef/subordonnée présent dans la cellule familiale se reproduit à plus grande échelle dans notre société. On a fonctionné comme ça depuis la nuit des temps pourquoi vouloir changer aujourd’hui?

Laissons donc aux hommes leur autorité et tous les privilèges qui en découlent comme si on vivait encore à l’époque ou l’homme partait chasser pendant que la femme attendait sagement à la maison avec les enfants son retour pour cuisiner le gibier.

Même si aujourd’hui les femmes  travaillent, laissons-les être moins bien payées que les hommes qui eux gagnent 23.5% de plus qu’elles pour des compétences et des travaux semblables (via Les inégalités de salaires hommes-femmes : état des lieux). Pourquoi ? Ben parce qu’avoir un pénis, ça compte sur la fiche salariale vous le savez bien. Un homme est vu comme un responsable de famille qui utilise son argent pour nourrir sa femme et ses enfants alors que la femme… ses revenus lui servent à quoi en fait ?

Laissons cette société continuellement véhiculer le message que les femmes sont plus faibles, moins intelligentes que les hommes, moins légitimes à donner leur avis ou à diriger.Que leur corps doit continuellement être sexualisé, mais que lorsqu’elles ont des envies sexuelles, elles deviennent tout de suite des putes [Sur ce propos, à lire : Fille bien le jour, sale pute la nuit]. Faisons croire à nos filles que le harcèlement de rue est signe qu’une femme est attirante: c’est vrai que ça fait toujours plaisir de se faire siffler, toucher sans avoir donné son consentement, accoster en pleine rue. Tout le monde adore les regards gras que des inconnus posent sur son corps, ses seins, ses fesses, tout le monde adore.

Laissons cette société chosifier la femme sans cesse et l’invisibiliser des terrains de pouvoir et de décisions. Laissons ce monde apprendre à nos filles dès le bas âge que peut importe ce qu’elles font, elles seront et en sauront toujours moins que leurs copains de sexe masculin. Que malgré le fait qu’elles représentent 50% de la population, les oeuvres de fictions qu’elles regardent comporteront toujours 30% plus de personnages masculins [Sur ce propos, regarder la vidéo Les Brutes : Le principe de la Schtroumpfette]. Habituons-les à trouver normal que les femmes n’occupent pas 50% de l’espace. Accoutumons-les à l’idée que les femmes doivent occuper des rôles de soutien plutôt que des rôles principaux, autant dans les fictions que dans la vie réelle. Laissons-les intégrer que les postures dominantes, autant sociales que politiques sont faites par et pour les hommes. Laissons nos filles grandir dans une société qui diminue ce qu’elles sont, pour en faire des êtres en quête de validation masculine.

Vous avez dit féminisme ? Mais tout est très bien tel quel, il ne faut rien changer ! Ne faisons rien contre cette constante hiérarchisation des femmes. Ne touchons jamais aux mentalités patriarcales qui s’évertuent à rendre la femme coupable de tout. Encore moins à la culpabilisation des femmes victimes de viol par exemple. Oui « elles l’ont cherché », « elles étaient habillées ras-la-chatte » et etc et etc. Bien sûr, on sait tous qu’un homme a des besoins, des pulsions INCONTRÔLABLES. Que la particularité de l’humain de sexe masculin, c’est de n’avoir aucun contrôle sur ses pulsions sexuelles, tel un chien en rûte. On sait tous aussi que le désir de l’homme est au-dessus de celui de la femme et même mieux, au-dessus de son consentement. N’essayons pas de faire changer le monde, les choses ne sont pas différentes ou plus pénibles pour les femmes, pas le moins du monde.

Féminisme ? Pour libérer la femme de quoi ? Rien ne doit changer. Et je vous l’ai dit déjà dit, je suis une femme soumise moi. Je reste à ma place. Faites pareil !

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Surtout n’oubliez pas : Ensemble nous pouvons empêcher les choses de changer !

 

 


Credit photos: TerraFemina _ BillBoard _ iStock

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Vis ma Vie

Fille bien le jour, sale pute la nuit

Bien le bonjour à toi !

Je veux te parler féminisme, sexualité et représentation de la sexualité féminine dans la société.

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Je suis le genre de fille que tout le monde dans la famille aime à prendre en exemple. Tu sais, cette fille à qui tout a toujours réussit à l’école et dans la vie. Cette fille que bien des gens qualifieraient de « respectable » parce qu’officiellement, elle représente la fille bien, discrète, concentrée sur ses objectifs scolaires et loin des papillonnages que représentent les nombreuses relations amoureuses. Bref, je suis cette fille, exemple même de la « femme à marier » aux yeux de notre société. Mais ce dont je vais te parler aujourd’hui, c’est de mon talent d’actrice. J’ai compris que la société actuelle ne m’accepterait que sous cette forme. Que je n’avais pas le droit publiquement, d’être autre chose que « la fille bien », alors je me suis rangée dans cette case et en secret je mène la vie que je souhaite vraiment.

Je veux te parler de ma vie, mais surtout de ma sexualité, de tout ce qui représente ce que je suis vraiment et que je ne cesse d’opprimer. Ma sexualité est quelque chose d’assez mal vu voire même d’interdit aux yeux de pas mal de gens. Cette sexualité vraisemblablement ne rentre pas dans la norme je le sais. Mais en vérité mon truc à moi, c’est que j’aime plaire, j’aime la séduction, les jeux de flirt avec les garçons, ces jeux dangereux m’excitent. Mon goût du risque est tellement fort que je ressens cette envie de plaire, particulièrement quand je commence à m’ennuyer dans mon couple.
Aussi longtemps que je m’en souvienne, je n’ai jamais été très fidèle. Mais ça, très peu de gens le savent grâce à ma discrétion. Ma vision du couple, des relations humaines est assez libérale. Je me laisse porter par mes envies. J’arrive à savoir si je suis amoureuse, mais cet amour ne m’empêche pas d’avoir d’autres envies. J’ai déjà essayé la fidélité, mais je ne m’y retrouve pas totalement. Et même si cette manière d’appréhender la sexualité a parfois causé des dégâts dans ma vie amoureuse, je n’arrive pas et certainement ne veut pas rentrer dans les clous de cette société.

On pourrait alors se dire, que je n’ai jamais vraiment été amoureuse. Parce que l’amour, le vrai, celui que nous vendent Disney et les films romantiques, n’est pas compatible avec ma conception de l’amour et de la sexualité. Et j’entends déjà les prêtres de la bienséance, armés de la vaillante morale crier à la pute. Mais malheureusement je ne me retrouve pas dans cette case.Je suis dérangée par ce terme sûrement parce que la société en a fait une insulte extrêmement dégradante. Une insulte qui effacerait soudain la part de moi que beaucoup de personnes admirent. Comme le disait Fatal Bazooka, grand poète de notre ère : « un Homme à femmes c’est un séducteur, une femme à hommes C’EST UNE PUTE ! ».

Donc une fille qui aime flirter, aime la séduction, n’a pas le droit de réclamer le respect. Je veux surtout ici mettre en avant qu’il existe d’autres conceptions de la sexualité FÉMININE. Celles qui ne comprennent pas forcement la case « je veux un couple solide », « je ne jure que par la fidélité » , « il faut que je me préserve pour mon mari sinon je serai usée ». Celles qui ne se retrouvent pas dans toutes les idées véhiculées par Disney, de cette femme en détresse attendant son UNIQUE prince charmant. Ou encore pour ce qui me concerne, l’idée de la femme noire qui doit se préserver et être soumise aux envies de son mari. Non, je te parle d’une autre version de cette sexualité qui existe bel et bien. Celle qui comprend « masturbation »,« sex-friend »,« plan cul »,« flirt », «bisexualité »,« infidélité », « mec d’un soir », «multiples relations», «libertinage»…

Je peux comprendre que cette version de la femme en dérange plus d’un, mais je pense qu’il est intéressant de se demander pourquoi ? Pourquoi une certaine vision de la sexualité féminine dérange alors que l’homme est totalement libre de ce côté ? Pourquoi la société n’autorise à la femme qu’une seule conception de sa propre sexualité: un seul homme à la fois, un nombre de partenaires restreint au cours d’une vie et régie obligatoirement par des sentiments amoureux ? Pourquoi Alors que par exemple, l’infidélité chez les hommes est très souvent acceptée, voire considérée comme inhérente à la gente masculine, celle de la femme la rend moins légitime à être respectée ? Pourquoi on en arrive à un point où on invite même les femmes noires africaines à se préparer moralement à accepter l’infidélité de leurs futurs maris ? Ou encore, pourquoi c’est plus normal de parler de masturbation chez les hommes que chez les femmes ?

Nous vivons dans une société que je trouve assez paradoxale quand même. D’un côté, le corps de la femme est montré et hypersexualisé dans les médias, mais de l’autre, on lui en veut d’avoir une sexualité commandée uniquement par ses envies. On veut la femme objet de désir sexuel pour les hommes, mais pas libérée dans ses désirs à elle. Comme si quelque part, la femme était une coque vide provocatrice d’envie, mais qui ne devait guère en posséder elle-même. D’ailleurs, J’ai l’impression que la sexualité de la femme n’a de sens qu’à travers celle de l’homme. Elle doit satisfaire l’homme, mais ne doit pas se satisfaire elle-même. Merci au système patriarcal qui a genré le désir et placé celui de l’homme au-dessus de tout. Merci au patriarcat, qui nous enseigne que les envies de l’homme sont incontrôlables mais que celles des femmes sont exclusivement régies par les sentiments amoureux. Merci aussi au patriarcat qui nous apprend à hiérarchiser les femmes, de fille bien à pute, créant des rivalités féminines inutiles, qui ne profitent qu’aux hommes et qui participent au slut-shaming : Une fille bien n’a pas eu beaucoup de copains, une pute oui. Une fille bien ne trompe jamais, une pute oui. Et etc…et etc…
Alors qu’un homme peut aligner autant de conquêtes qu’il le souhaite, toutes les tromper et cela ne fera que renforcer son capital virilité. Cette société patriarcale nous incite à alimenter et transmettre les pires clichés pour juger de la dignité des femmes, et malheureusement les femmes sont les premières à se juger entre elles.
 Un autre cliché que je trouve ma foi fort intéressant aujourd’hui, c’est le fameux « Tu es féministe mais tu suces des bites ». Il m’a beaucoup interpellé celui-là, je le trouve à la fois drôle et révélateur. Je me suis demandé si me revendiquer féministe me refusait automatiquement le droit à certaines pratiques sexuelles. Le sexe est-il à ce point associé au plaisir de l’homme uniquement, qu’on ne puisse pas concevoir qu’une femme aime sucer VOLONTAIREMENT des bites ? Y’aurait-il une version du sexe hard pour les hommes et soft voire romantique réservée aux femmes comme nous montrerait les sites pornos ?
Je suis consciente et totalement ouverte à l’idée que certaines femmes s’épanouissent et approuvent la vision actuelle de la sexualité féminine. D’ailleurs le féminisme auquel je crois c’est ça, respecter les choix volontaires et conscients de chaque femme sur leur propre vie. Mais pour moi, le but de cet article est d’essayer de mettre des mots sur des choses qui sont à tort ou à raison taxées de tabou ou de pratiques dérangeantes chez les femmes. En rédigeant cet article je me suis moi-même rendue compte à quel point je suis dérangée par cette sexualité, je l’avoue. Je ressens beaucoup de culpabilité, de gêne voire de honte face à elle. Toutefois, cela ne m’empêche pas de réfléchir, de me poser des questions, de me demander: Pourquoi c’est si mal vu d’être une femme qui aime le sexe ? Pourquoi on nous présente le couple comme seul moyen correct de vivre sa sexualité ? Pourquoi l’infidélité de la femme est si mal vue ? Dans le fond, est-ce si grave si je suis « une pute » mais que je suis épanouie ?
Comme je l’ai dit plus haut, je suis consciente que toutes les filles ne ressentent pas les mêmes besoins que moi. Mon article cherche avant tout à susciter en toi ne serait-ce qu’une once de remise en question de ce que tu penses être bien ou pas en matière de sexualité féminine. Je veux t’amener à te poser des questions sur la condition de la femme aujourd’hui, sur toutes ces obligations sociales qui sont un peu posées là comme des dogmes sans réelle explication. Dans le meilleur des cas, tu pourras même te débarrasser de quelques idées restrictives concernant la vie sexuelle d’une femme.
Je pense que toute femme devrait se poser ces questions : Pourquoi en tant que femme ma sexualité devrait définir si je suis quelqu’un de bien ou pas ? Pourquoi je devrais choisir entre être la fille bien qui inhibe ses propres désirs pour être validée par « la société  » et être la pute qui jouit pleinement de sa sexualité sans s’en cacher ? Pourquoi en tant que femme, je ne pourrais pas être et faire ce que je veux de MON corps, sans qu’un jugement de valeur ne soit posé sur ma vie ?
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Maigris et tais-toi !

Bien le bonjour à toi,

Aujourd’hui je vais te parler de grossophobie, fat-shaming et body-shaming.

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Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été grosse. Je n’aime pas qu’on tourne autour du pot « Non tu n’es pas grosse tu as des formes, des courbes. Non mais tu n’es pas grosse comme Marguerite ! Elle, elle est grosse toi ça va! « . Non ! Je suis GROSSE. Je me le répète assez souvent pour dédramatiser, désacraliser et conjurer ce terme. Aujourd’hui j’apprends encore à accepter et à embrasser ce mot: « grosse ». Personne ne s’offusque jamais qu’on lui dise « tu es mince » ou « tu as maigri ». Pourquoi alors le terme « gros » serait l’équivalent d’une insulte ?

Du plus loin que je me souvienne encore, je n’ai jamais aimé mon corps. Je me répétais souvent « je suis une fille mince dans le corps d’une grosse ». Je voulais maigrir, je devais maigrir, je priais pour maigrir. Toute ma vie était construite autour d’un mode de vie qu’aujourd’hui je peux qualifier de malsain. Aller de régimes en régimes qui ne fonctionnent pas, me priver de manger pendant des jours, culpabiliser à chaque fois que je faisais des écarts dans mes pseudo régimes ultra agressifs, puis recommencer un autre régime et répéter le processus jusqu’à la culpabilisation, encore et encore et encore….

Parce que j’avais dans la tête que je ne serais heureuse que lorsque je serais mince. J’avais décidé que je ne pouvais pas finir ma vie grosse, que tous ces régimes devaient marcher, ou sinon je ne serais jamais aimée, jamais considérée comme belle. Aujourd’hui en y repensant, je trouve ça d’une extrême violence. Décider que mon bonheur allait dépendre du nombre qui s’affichait sur une balance, rejeter mon corps et le considérer comme une part externe à la personne que je suis.

Je suis grosse, mon corps est gros, mon âme est grosse, mon cœur est gros. Ma personnalité, mes forces, mes faiblesses, tout ça a été construit autour du fait que je suis grosse. J’aime la personne que je suis, et je ne serais pas cette personne aujourd’hui, si je n’avais pas été grosse. Alors m’évertuer à considérer MON corps comme n’étant pas le mien ? Pourquoi ?

Pour de nombreuses raisons.D’abord, parce que cette société invisibilise les personnes grosses dans les médias ou ne nous les montre que complexées, essayant désespérément de maigrir, victimisées et moches. Connaissez-vous un personnage de film, de série, de BD, gros et qui s’aime comme il est ? Ou dont le rôle dans l’intrigue n’a rien à voir avec son poids ? Connaissez vous un super héros gros ? Un gros dans une série présenté comme THE personne que tout le monde voudrait être ? Un gros affecté par les particules accélératrices de Flash ? Ou ça affecte uniquement les personnes minces ? Est-ce qu’une femme grosse peut être dans ma série préférée How to get away with a murder et être aimée, faire l’amour, tromper, trouver l’amour, comme un personnage normal de fiction, sans qu’on ne fasse cas de son poids ? Jamais ou alors très rarement.

Chaque fois qu’une personne grosse est à la télé, dans un magasine, etc…c’est dans des images avant/après super vendeuses, pour un produit d’amaigrissement. Ou alors on est présenté comme des marginaux négligés et qui se négligent. Ou encore on est le meilleur ami du héro, tu sais celui que personne ne voudrait être, celui qui se fait insulter et maltraiter par tout le lycée, oui l’éternelle victime. Parce qu’on est que ça, des proies fragiles à qui vendre des produits miracles amincissants ou alors des victimes complexées et malheureuses à cause de leur poids. Le message est bien clair : maigris et tu seras enfin heureux et accepté, gros comme tu es, tu es hors norme, moche et tu seras toujours rejeté.

Mais bien entendu, si ce mal-être se limitait à la pression des médias, ce serait trop facile ! Alors les gens que tu aimes en remettent trois couches. Depuis l’enfance tu te prends des réflexions dans la gueule sur ton poids par toute ta famille. Et même tes parents : « Ma fille tu es belle, mais si tu maigris, tu seras encore plus belle », « regarde tes bras comment ils sont gros dans ce tee-shirt », « regarde ton ventre dans cette robe », « regarde tes cuisses », « regarde tes copines, les filles de ton âge comment elles sont minces et belles ». Tu arrives aux fêtes de familles stressée, la boule au ventre, parce que tu sais que de ton physique au contenu de ton assiette, tu seras jugée. On te sort entre deux coups de fourchette « Tu sais? si tu ne maigris pas tu ne trouveras jamais de mari », « regarde tes cousines, ta sœur, tu ne veux pas être belle et fine comme elles ? », « Quoi tu vas manger tout ça ! Toi aussi regarde toi un peu, tu vas finir par exploser ». Ou quand tu es plus jeune « Amandine, tu dois faire quelque chose pour ta fille, regarde comme elle est grosse ! ». On te trouve des surnoms : la grosse, mamie dan*, bouboule…que toute ta famille prend plaisir à utiliser. Tu subis, tu agis comme si ça ne t’atteignait pas, mais tu es en pleures intérieurement. Même en écrivant ces phrases, mes larmes remontent à mes yeux.

Alors quand tu comprends que tu n’es pas assez bien même pour les gens que tu aimes le plus au monde, quand tu comprends qu’ils n’aiment pas ce que tu es, qu’ils te rejettent parce que tu es grosse, comment t’aimer toi-même ? Comment t’accepter ? Inconsciemment j’avais compris que pour le monde je ne serai jamais plus qu’une marginale, invisible, que personne ne pouvait aimer, alors j’ai décidé de me faire remarquer. Je voulais qu’on m’aime, alors j’ai commencé à être une sorte de rebelle à l’école, parce que je voulais qu’on me voit, qu’on me remarque, qu’on sache que j’existe. Je ne voulais pas être cette victime qu’on rejette et avec qui personne ne veut être vu. Puis en grandissant je me suis assagie, mais je voulais toujours de la visibilité, alors j’ai commencé à me faire remarquer en « bien ». Je suis passée de la rebelle à la chef de classe puis présidente de ma promo en terminale. Quelque part, sans même que je le sache, je faisais tout ça pour prouver que je n’étais pas seulement grosse. Qu’on ne pouvait pas me pousser dans un coin, coller une étiquette sur moi et ne plus faire attention à moi. Que j’étais beaucoup plus que ce que le monde voulait faire de moi.

Pendant un moment, ça a fonctionné comme thérapie, mais en arrivant en France, plus du tout. Parce qu’ici, je n’arrivais pas à m’affirmer, ce n’était plus mon monde, je n’étais plus la présidente de promo ou la rebelle. Il fallait tout recommencer, dans un environnement que je ne connaissais/comprenais pas, et je n’y arrivais pas. Je ne trouvais pas ma place, ni en tant que femme noire, ni en tant que femme grosse, alors je me suis mise à disparaître. Disparaître derrière de gros vêtements qui cachaient mon corps. Disparaître des cercles d’amis, des soirées, de la vie étudiante. Je me contentais d’aller en cours, puis de rentrer chez moi. Je suis alors entrée dans une phase de détestation de moi-même, où je pouvais passer 4 à 5 jours sans rien avaler. J’étais prête à tout pour maigrir, parce que si je maigrissais, les gens m’aimeraient, je ne serais plus invisible et je pourrais enfin être heureuse. Un cercle vicieux auto-destructeur où je ne mangeais pas pour enfin être heureuse, mais moins je mangeais et plus j’étais malheureuse.

Puis un jour, j’ai découvert l’afroféminisme. J’ai commencé à me documenter, dévorer des articles, regarder des vidéos. Ça a été une révélation. L’afroféminisme me disait, tu es une femme, noire, tu comptes, ce que tu penses compte, ce que tu es compte, tu n’as pas à subir le système. De là, ça allait déjà mieux. J’avais découvert une cause qui valorisait la femme noire que j’étais, qui me faisait comprendre que mon sentiment de rejet dans ce monde occidental était légitime et normal. Alors je m’y suis mise à fond. Puis un autre jour, je suis tombée sur un lien qui redirigeait vers un article sur la « Grossophobie ». Là, ma dernière phase de guérison a été enclenchée. Cet article a été la révélation de ma vie. C’était comme si j’étais atteinte d’une maladie inconnue depuis la naissance, qu’elle me tuait progressivement, m’empêchait de vivre et que finalement quelqu’un localisait le mal et le nom de la maladie. La grossophobie, cette idéologie discriminatoire, qui appelle au rejet, à la détestation, la marginalisation et l’invisibilisation des personnes grosses. Cet article c’est GROSSE de Mathilde, qui a notamment été candidate à The Voice. Je l’ai découvert sur le blog de L’Utoptimiste, dont chaque article est une véritable bénédiction, qui me fait aimer qui je suis un peu plus. J’ai lu cet article, ai pleuré en le lisant, l’ai relu encore et encore, en ai fait des captures d’écran, car c’était la première fois que des mots étaient mis sur mes maux. Je suis devenue une fervente militante du mouvement Body Positive, de tout ce qu’il prônait et j’ai décidé d’en faire ma religion.

Et depuis j’ai fait tellement de chemin, même si je suis loin d’être totalement « guérie ».  Je suis encore soumise à la pression sociale de maigrir, mais j’ai décidé d’avoir un credo: « I am good enough ». Telle que je suis, je suis bien. Je suis grosse, je suis là, je compte, j’existe, pas seulement à travers mon militantisme ou mes capacités de leader ou rebelle à l’école, non. J’existe, je compte car je suis une personne, grosse peut-être, mais qui mérite d’être regardée, d’être vue, de susciter le désir, d’être aimée. Qui mérite qu’on la voit comme une personne à part entière et pas comme la grosse qui doit se contenter de maigrir et se taire.

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Aujourd’hui, 21 ans après ma naissance, quand j’ai chaud, je peux retirer mon gilet et montrer en public mes gros bras dans un tee-shirt sans manche, sans en avoir honte. Récemment, j’ai porté mon premier crop-top qui montrait mon gros ventre plein de bourrelets. J’achète et porte des vêtements, plus pour me cacher, mais me montrer et montrer mon corps, parce qu’il est beau ! Parce que non seulement j’ai décidé que mon bonheur ne dépendra plus jamais de mon poids, mais aussi que le regard des gens et de la société ne pouvait pas dicter ma vie. Je n’ai pas de recette miracle contre la grossophobie ou le body-shaming, d’ailleurs il n’y a pas de recette miracle je pense. Il faut faire un choix, pas une résignation ou une option par défaut. Un choix de décider qu’on peut être gros.se et heureu.x.se, qu’on veut l’être, qu’on n’a pas à changer pour rentrer dans un moule qui ne veut pas de nous. C’est un choix de se dire qu’on supporte et qu’on supportera encore les blagues et les propos grossophobes, dans une société grossophobe, mais que ça ne dictera plus jamais notre façon de vivre. J’en suis là, j’ai décidé, j’ai fait mon choix et depuis je revis. La route est longue et tumultueuse jusqu’à la guérison totale, mais je sais que je peux le faire. I AM GOOD ENOUGH JUST AS I AM. Je ne vais plus raser les murs et me cacher, même si c’est ce que cette société voudrait.

Je suis grosse, je ne veux pas maigrir et je ne me tairai plus !

 

Credit photos : WEAR YOUR VOICE

*Du dialecte ivoirien le Baoulé qui est l’équivalent de « big mama »

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Mais qui sont-elles ?

NEW’FRO

BANNIERE

Qui est NEW’FRO ?

Derrière NEW’FRO , se cachent deux étudiantes ivoiriennes, afroféministes, voulant faire de cette plateforme un moyen d’expression et d’identification pour tous les afrodescendants et les femmes.

En arrivant toutes les deux en France il y a 3 ans pour les études, on ne s’attendait pas à un tel choc culturel. Baigner dans le confort de sa terre d’origine pendant 18 ans, puis être propulsées de l’autre côté de la méditerranée, au milieu de personnes qui ne partagent ni notre culture, ni nos références littéraires, cinématographiques, musicales, politiques ou sociales en général, c’est violent.

Ce blog est donc une réponse à ce dépaysement. Une réponse à ce sentiment de solitude africaine au milieu de la foule occidentale. Une réponse à ce sentiment d’infériorité, d’illégitimité et d’invisibilité en tant que femme et de la culture africaine en occident. Ce blog est la réponse qu’on aurait aimé avoir il y a 3 ans, quand on se demandait : comment s’intégrer ?Est-ce qu’invisibiliser sa culture et s’écraser c’est s’intégrer ? Comment être soi-même quand on a l’impression qu’être soi, ce n’est pas suffisant ?  Comment réagir à une blague déplacée, raciste ? Comment être noir.e.s africain.e.s  dans le monde occidental ? Pourquoi parce que je suis une femme, j’ai l’impression que j’en sais moins ? Ou que mon avis compte moins ?

Avec l’espoir que le contenu vous plaira, à bientôt dans nos prochains articles ! 😉

 

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